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20/03/2008

Gallimard livre en livres électroniques

Mais c'est pas pour tout de suite.

Shadoké par martingrall sur ZDNet France par Estelle Dumout,

La maison d’édition numérise son catalogue, dont certains ouvrages remontent à 1911, à la fois pour sauvegarder son patrimoine et promouvoir ses livres. Mais vendre ces fichiers numérisés n’est pas d’actualité faute d’un marché en place.

Les livres électroniques étaient en vedette au Salon du Livre, sur l'espace réservé aux lectures numériques. Mais pour séduire les utilisateurs, un marché autour de la création et la fourniture de contenus doit désormais se structurer. « La vente de livres numériques n'est même pas marginale, elle est quasi inexistante pour nous, et on ne voit rien venir pour l'instant », explique à ZDNet.fr Alban Cerisier, chargé des développements numériques au sein de la maison d'édition Gallimard. « La raison est simple : il n'y a pas encore de gros acteurs qui sont venus chambouler la donne. »

Alain Perrot, « business development manager » chez I2S, une société qui fabrique des scanners pour numériser les ouvrages, confirme : « Tant que l'offre restera obnubilée par l'idée de refaire LE livre électronique, ce sera compliqué », souligne-t-il. Selon lui, le marché de la diffusion électronique est très restreint pour les romans ou les ouvrages dits de lecture. « Qui aurait besoin de stocker plusieurs centaines ou dizaines de romans sur un appareil, sauf à vivre sur une plate-forme pétrolière pendant un an ? », illustre-t-il.

« Il faut que l'offre de contenus apporte une valeur ajoutée et cohérente, comme ce que proposent par exemple Les Echos, avec la possibilité de consulter le journal sur le livre électronique. Dans le cadre d'une utilisation professionnelle, cela fera sens », prédit-il. Mais cela signifie que les livres électroniques vont devoir grandement progresser : il leur faudra ajouter la couleur à leurs écrans, plus de connectivité, via le Wi-Fi ou la 3G, et des fonctionnalités et services complémentaires. « Dans ce contexte, les livres électroniques entreront plus en concurrence avec le marché des micro-ordinateurs. »

Gallimard veut maîtriser le « feuilletage »

Pour autant, Gallimard n'entend pas rester inactif sur le secteur de la numérisation de son catalogue : « Nous sommes en train de procéder à la numérisation des 30 000 ouvrages qui constituent notre fond », poursuit Alban Cerisier. La maison d'édition utilise les fichiers numérisés pour son propre usage patrimonial, pour conserver les ouvrages qu'elle édite depuis 1911.

Elle entend aussi s'appuyer sur le numérique pour assurer la promotion en ligne de ses livres grâce aux services de « feuilletages », qui permettent la consultation sur internet d'extraits des oeuvres. « Il s'agit pour nous d'une opportunité de promotion des ouvrages, avec la possibilité de renvoyer vers un achat physique », explique Alban Cerisier. Pour l'instant Gallimard n'a pas passé d'accords avec les mastodontes du secteur, comme Google et Amazon, qui proposent de tels services. « Nous avons une réserve de principe et de droit sur la numérisation sans autorisation effectuée par Google », note le responsable.

De plus, Gallimard souhaite maîtriser ses fichiers : « On peut considérer, en tant qu'éditeur, que nous avons notre mot à dire, en concertation avec l'auteur, sur ce qui peut être feuilleté ou non, sur les pages qui sont les plus représentatives d'un ouvrage. » C'est pourquoi la maison d'édition veut d'abord proposer, à court terme, un service de feuilletage à partir de son propre site internet, avant d'ouvrir ensuite ses bases de données à d'autres sociétés.

La reconnaissance optique fiable à 99 %

Le processus de numérisation est classique : il faut réaliser une image (un scan) des pages des livres, puis grâce à des technologies de reconnaissance optique de caractère (OCR), convertir à nouveau ces images en texte, dans un fichier numérique. Il y a toutefois un hic : les technologies OCR sont fiables à 99 %, c'est-à-dire qu'elles laissent passer en moyenne une erreur sur cent.

« C'est correct si on se sert uniquement du fichier numérique pour trouver la bonne page, comme par exemple dans les services de Google », précise Alain Perrot d'I2S. Mais en revanche, c'est largement en dessus des standards du secteur pour la publication d'un ouvrage par exemple : le niveau d'exigence pour un relecteur correcteur humain, dans l'édition, est de laisser passer seulement une erreur sur dix mille, rappelle-t-il.

D'où la nécessité pour les maisons d'édition d'adapter leur stratégie de numérisation, en fonction de l'utilisation future des fichiers. « Si l'on veut rééditer un ouvrage, sous un autre format, il faut un texte numérique quasi parfait, que l'on ne peut obtenir que par une technologie OCR complétée par une relecture humaine. » Ce qui entraîne forcément des coups supplémentaires pour les maisons d'édition.

Autant de raisons qui expliquent pourquoi Gallimard avance à pas comptés vers l'étape suivante, la vente de fichiers numérisés : « Pour l'instant, nous faisons une veille sur les usages », explique Alban Cerisier. « Nous ne serons pas forcément diffuseur et distributeur en direct de ces fichiers », même si la maison d'édition réfléchit à la gestion d'une partie de ces services en interne. « Idéalement, nous souhaiterions recréer un équivalent numérique de notre diffusion et de notre distribution physique », conclut le responsable.

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