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11/08/2008

Mahmoud DARWICH, bien plus précieux que le chemin qui mène.

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Ne le volez pas de l'hirondelle
Ne l'emportez pas de la rosée
Son requiem est écrit par les yeux
J'ai abandonné ma voix à l'écho -MD-


Lorsque la mort survient,
Tout devient, tout reste à faire
Lorsque la terre est, reste, redevient, notre première mère.

Mahmoud DARWICH a tout dit, et pourtant il faudra toujours en faire conscience..

La maison est un bien plus précieux que le chemin qui mène à la maison.



Murale.

Voici ton nom,
Dit une femme
Puis elle disparut dans la spirale du couloir.

Je vois le ciel là-bas à portée de main
Et l’aile d’une colombe me porte
Vers une autre enfance.
Je ne rêve pas que je rêve. Tout est réel.
Je sais que je m’oublie… et que je m’envole.
Je serai ce que je deviendrai
Dans le dernier ciel. Tout est blanc.
La mer suspendue sur le toit d’une nuée blanche
Et le néant dans le ciel blanc de l’absolu. J’ai été et
Je n’ai pas été.
Je suis seul aux abords de cette blanche éternité.
Venu avant mon heure,
Aucun ange ne m’apparaît qui me dit :
"Qu’as-tu fait, là-bas, sur la terre ?"
Et je n’entends ni les acclamations des bienheureux
Ni les lamentations des pécheurs. Je suis seul dans la blancheur,
Seul…
Rien ne me fait mal à la porte de l’éternité,
Ni les jours ni les sentiments.
Je ne ressens ni la légèreté des choses
Ni le poids des obsessions.
Je ne trouve personne à qui demander :
Où est mon où, désormais ?
Où est la cité des morts ? Où suis-je ? Pas de néant,
Ici, dans le non-lieu… la non-durée,
Ni d’existence.

Comme si j’avais déjà connu la mort…
Je connais cette vision et je sais que je pars
Vers ce que je ne connais pas. Peut-être
Suis-je encore vivant quelque part,
Conscient de ce que je veux…

Un jour je serai ce que je veux.

Un jour je serai une idée qu’aucun glaive ne porte
A la terre désolée, aucun livre…
Une idée pareille à la pluie sur une montagne
Fendue par la pousse d’un brin d’herbe.
Et la force n’aura pas gagné,
Ni la justice fugitive.

Un jour je serai ce que je veux.

Un jour je serai oiseau et, de mon néant,
Je puiserai mon existence. Chaque fois que mes ailes se consument,
Je me rapproche de la vérité et je renais des cendres.
Je suis le dialogue des rêveurs.
J’ai renoncé à mon corps et à mon âme
Pour accomplir mon premier voyage au sens,
Mais il me consuma et disparut.
Je suis l’absence. Je suis le céleste
Pourchassé.

Un jour je serai ce que je veux.

Un jour je serai poète
Et l’eau se soumettra à ma clairvoyance.
Métaphore de la métaphore que ma langue
Car je ne dis ni n’indique
Un lieu. Et le lieu est mon péché et mon alibi.
Je suis de là-bas.
Mon ici bondit de mes pas vers mon imagination…
Je suis qui je fus, qui je serai
Et l’espace infini me façonne, puis me tue.

Un jour je serai ce que je veux.

Un jour je serai une vigne.
A l’été de me presser sans attendre,
Aux passants de boire mon vin
Sur les lustres du lieu sucré !
Je suis le message et le messager,
Les petites adresses et les lettres.

Un jour je serai ce que je veux.

Voici ton nom,
Dit une femme
Puis elle disparut dans le couloir de sa blancheur.
Voici ton nom. Retiens-le bien !
Ne vous chamaillez pas pour une lettre
Et ne te soucie pas des bannières des tribus.
Sois l’ami de ton nom horizontal,
Teste-le sur les vivants et les morts,
Entraîne-le à la bonne diction en compagnie des étrangers,
Trace-le sur une paroi de la caverne.
O mon nom : tu grandiras quand je grandirai,
Tu me porteras et je te porterai,
Car l’étranger est un frère pour l’étranger.
Nous capturerons la femelle avec la voyelle longue dévolue aux flûtes.
O mon nom : où sommes-nous à présent ?
Dis ! Qu’est aujourd’hui ? Qu’est demain ?
Qu’est le temps, le lieu,
L’ancien, le nouveau ?

Un jour nous serons ce que nous voulons.

Le voyage n’a pas commencé, le chemin n’a pas abouti,
Les sages n’ont pas atteint leur exil
Ni les exilés, leur sagesse.
Des fleurs, nous n’avons connu que les coquelicots.
Montons donc au plus haut des fresques :
Verte est la terre de mon poème, haute,
Parole de Dieu à l’aube que la terre de mon poème
Et je suis le lointain,
Le lointain.

Dans chaque vent, une femme se joue de son poète :
– Emprunte la direction que tu m’as offerte,
La direction qui s’est brisée,
Et rends-moi ma féminité
Car il ne me reste que la contemplation
Des rides du lac. Déleste-moi de mon lendemain,
Rends-moi le passé et laisse-nous, seuls, ensemble.
Rien, après toi, qui parte
Ou revienne.

– Reprends le poème si tu le désires.
Je n’ai que toi en lui.
Reprends ton moi. J’achèverai l’exil
Avec ce que tes mains ont laissé de lettres aux mouettes.
Qui de nous deux est moi, que je sois sa fin ?
Une étoile tombera entre l’écrit et le dit
Et le souvenir confiera ses pensées : Nous sommes nés
Aux temps de l’épée et de la flûte,
Entre figues et figuiers de Barbarie. La mort était plus lente.
Elle était plus nette. Elle était une trêve pour les passants
A l’embouchure du fleuve.
Désormais, tout est machinal.
Aucun assassin ne prête l’oreille aux victimes,
Nul martyr ne donne lecture de son testament.
De quel vent es-tu venue ?
Dis-moi le nom de ta blessure et je saurai
Les chemins sur lesquels nous nous égarerons par deux fois !
Chaque battement de ton cœur me fait mal qui me ramène
A des temps de légendes.
Mon sang me fait mal,
Le sel me fait mal… et ma veine jugulaire.
Dans la jarre brisée, les femmes du littoral syrien
Se plaignent de la longueur du chemin
Et brûlent sous le soleil d’août.
Je les ai vues sur le chemin de la source avant ma naissance.
J’ai entendu l’eau les pleurer dans l’argile :
Revenez au nuage et les beaux jours reviendront.
L’écho a dit :
Seul revient le passé des puissants
Sur les obélisques de l’espace…, dorées leurs traces,
Dorées…, seuls reviennent les appels des faibles au lendemain.
Donne-nous notre pain quotidien et un présent plus fort
Car ni la réincarnation ni l’inhabitation ni l’éternité ne nous appartiennent.

L’écho a dit :
Je suis fatigué de mon espoir incurable,
Las des pièges de l’esthétique :
Qu’y a-t-il après Babel ?
Chaque fois que le chemin au ciel s’est précisé,
Que l’inconnu a dévoilé sa fin
Dernière, la prose s’est répandue dans les prières
Et le chant s’est brisé.

MD chez Actes Sud

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