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26/11/2008

L'artiste Fritz Scholder redéfinit l'art amérindien.

Par martingrall.

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L'artiste Fritz Scholder redéfinit l'art amérindien.


Washington - Aucun autre artiste contemporain d'ascendance amérindienne n'a été aussi énigmatique, influent ou provocant que Fritz Scholder (1937-2005) qui, à lui seul ou presque, a détruit certains des clichés les plus persistants sur l'identité amérindienne.

Aujourd'hui, trois ans après le décès de Scholder, son oeuvre prolifique (notamment des peintures, des sculptures et des lithographies) fait l'objet d'une grande exposition organisée par le Musée national des Amérindiens (NMAI), qui fait partie de l'Institut Smithsonian. Intitulée « Fritz Scholder : Indien/Non-Indien », l'exposition en deux parties a ouvert ses portes le 1er novembre, à Washington et à New York simultanément. La majorité des œuvres est exposée à Washington, une sélection plus réduite des travaux les plus récents est, quant à elle, exposée à New York où le NMAI dispose d'une antenne.
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Organisée conjointement par Truman Lowe (de la tribu Ho-Chunk) et Paul Chaat Smith (Comanche), cette exposition est la plus vaste rétrospective Scholder jamais organisée. Au cours d'une interview récente, M. Lowe indiquait que si Scholder était surtout connu pour ses tableaux anticonformistes représentant des Indiens d'Amérique, l'artiste refusait d'être classé dans une catégorie particulière, notamment celle des « artistes indiens » qu'il trouvait trop étroite. « Son mot favori était paradoxe et il aimait à dire : "Je suis à un quart indien et mes tableaux le sont aussi" », nous rappelle M. Lowe.

Son père étant à moitié indien Luiseño et à moitié allemand et sa mère d'origine française, Scholder n'était pas vraiment intéressé par la cause des Indiens et il était peu enclin à perpétuer le mythe romantique du soi-disant « noble sauvage », stéréotype indien né au XIXe siècle. « Personnellement, je n'ai jamais dit que j'étais un artiste indien. C'est les autres qui m'ont décrit ainsi », a dit un jour Scholder. Dans sa publication Indian Kitsch de 1979, Scholder se décrit lui-même comme « un Indien non indien », ajoutant ensuite : « Je ne me sens pas déchiré par la dichotomie de deux cultures. Toutefois je suis sensible à la nature incongrue » de ces dernières.

L'Indien postmoderne
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Comme il l'a raconté lui-même, Scholder a commencé très jeune à dessiner et il n'a apparemment jamais douté de sa vocation artistique. Né dans le Minnesota, il a grandi dans la région des Grandes Plaines où son père travaillait pour le Bureau des affaires indiennes. Malgré le poste de son père, Scholder et sa famille n'ont jamais vécu dans une réserve indienne et ont eu peu de contacts avec la culture amérindienne. Pendant ses études universitaires, Scholder a étudié avec l'artiste pop Wayne Thiebaud et en 1964, il a obtenu sa maîtrise de beaux-arts à l'université de l'Arizona. Peu de temps après, il a été invité à enseigner dans le tout nouvel Institut des arts amérindiens de Santa Fe, au Nouveau-Mexique, et cette expérience allait s'avérer décisive.

Au départ, Scholder a affirmé qu'il ne peindrait « jamais » des Indiens, mais ses échanges avec des artistes amérindiens et des étudiants en art de l'Institut de Santa Fe l'ont fait changer d'avis. Toutefois, sa formation moderniste et postmoderniste l'a poussé à s'éloigner fortement de la représentation des Amérindiens prévalant à l'époque et qui, à ses yeux, était plutôt primitive.

Depuis les années 1930, de nombreux artistes de Santa Fe peignaient des scènes nostalgiques de la vie dans les villages indiens qui renforçaient les stéréotypes des sociétés amérindiennes. La plupart de ces images avaient un aspect plat et unidimensionnel, caractéristique de l'école artistique connue sous le nom de « style studio » qui a dominé la scène artistique de Santa Fe pendant des décennies. La décision de Scholder de peindre des Indiens « tels qu'ils sont véritablement » allait bientôt envoyer le style « studio » aux oubliettes.

Il s'est attelé à « ré-imaginer » les Indiens pour un public contemporain, dessinant les contours de ses personnages aux couleurs électriques à coup de pinceaux déliés. Pour toute toile de fond, des couleurs contrastées, sans contexte explicatif. À la différence des Indiens désuets dans le style Studio, ceux de Scholder faisaient directement face au spectateur et l'effet d'ensemble était frappant, dérangeant et particulièrement troublant. Bien que certains de ses portraits soient inspirés de photographies connues d'Amérindiens, les œuvres de Scholder sont imprégnées d'une certaine ironie qui permet d'interpréter des symboles mythiques de multiples façons.

Un artiste novateur
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Les innovations de Scholder lui ont valu presque immédiatement les louanges des critiques et assuré à ses œuvres un marché lucratif. Sa peinture à l'huile d'un Amérindien, qui n'est pas datée, avec sa représentation mystérieuse d'un chef indien formant un contraste saisissant avec un ciel rose vif, a été saluée triomphalement. Les œuvres de Scholder de la série « indienne » ont généralement engendré ce genre de réaction, jusqu'à ce qu'il dévoile sa toile de 1969, Indien avec une cannette de bière, qui a suscité les hurlements outragés des Amérindiens mais aussi des critiques d'art. La toile, qui représente un Indien assis à un bar ou à une table, une canette de bière Coors devant lui, abordait le problème de l'alcoolisme chez les Indiens, sujet sensible auquel peu d'artistes étaient prêts à s'attaquer.

Selon M. Lowe, la toile Indien avec une canette de bière « a produit un effet-miroir dans la communauté amérindienne ». Cette peinture, dit-il, « jouait sur le stéréotype de l'Indien saoul, mais elle a forcé les Indiens à regarder certains problèmes douloureux en face ».

Scholder a produit d'autres œuvres sur des thèmes tabous tels que la pauvreté des Indiens et la longue injustice dont ont été victimes les populations indiennes. Son traitement détaché de thèmes controversés a souvent choqué son public et pourtant, il a permis une évaluation plus honnête de graves problèmes sociaux et de vérités dérangeantes. Dans son Portrait américain avec drapeau (1979), la représentation par Scholder d'un Amérindien enveloppé dans le drapeau américain reflète les tensions entre la culture indigène et la société dominante.

Parallèlement, Scholder traitait volontiers des thèmes universels qui ne se référaient nullement à son origine ethnique ou ignoraient toute dimension ethnique. Même s'il a épisodiquement renoué avec des thèmes indiens, il a consacré les vingt dernières années de sa vie à des oeuvres sombres explorant la complexité des relations entre les hommes et les femmes (une toile de 1986, Amour Monstre No. 1, montre un couple figé dans une étreinte violente) et il s'est montré de plus en plus conscient de sa propre mortalité (un autoportrait de 2001, Le crâne de l'artiste, représente une photographie spectrale, en noir et blanc, de la tête de Scholder superposée sur une radiographie de son crâne). En fait, des crânes apparaissent avec une certaine fréquence dans ses dernières toiles, et ils sont accompagnés de personnages surnaturels (vampires, anges) et d'emblèmes de la spiritualité amérindienne (shamans).
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La signification de l'œuvre de Scholder a fait l'objet d'un débat intense mais son influence était profonde et elle le reste. Grâce à Scholder, « une barrière a sauté », affirme M. Lowe. « Il a cassé le moule de l'art de style studio » et il a démontré que l'art amérindien va bien au-delà des objets d'artisanat traditionnels comme les textiles, les paniers ou les bijoux. Scholder était un pionnier grâce auquel les jeunes artistes indiens contemporains, « qui ont leur propre histoire à raconter, leur propre interprétation de l'histoire amérindienne », trouvent plus facilement leur public. « L'ironie, bien sûr, c'est que Scholder a déclaré qu'il ne peindrait plus jamais d'Indiens, et pourtant c'est ce qui lui a valu sa renommée. »

Commentaires

j'ai decouvert récemment l'artiste dont j'avais vu quelques toiles antérieurement, m'étant intéressée à la peinture amérindienne contemporaine. Je suis conquise par cet univers plastique très cohérent tout en ayant été étonnée au départ de la simplification de la mise en page (pas d'allusion aux symboles autochtones)A partir de la multiplication des portraits d'indiens, il crée un véritable univers, un autre espace un dénuement qui renvoie aux grands espaces américains. c'est très fort

Écrit par : claudine vandewoude | 26/08/2009

Je suis conquise par cet univers plastique très cohérent moi aussi

Écrit par : casquette publicitaire | 21/04/2011

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Écrit par : nike air force onesnike air force ones | 25/05/2011

Les commentaires sont fermés.

 
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