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28/11/2008

L'Art, ou la puissance d'exister

proposé par martingrall

Les créateurs attirent l'attention du public sur l'injustice.

De ces arts, la littérature, cette écriture de la pensée en est le premier ferment.
Combien d’enfants, d’adolescents, sont nés dans ces ateliers d’écriture. Combien ont osé être. Combien ont choisi leur vie dans leurs griffonnages, leurs dessins bien à dessein, dans le plâtre, le bois. Combien se sont construits dans leur existence montrée au Monde.

Le grand artiste espagnol Francisco José de Goya y Lucientes (1746-1828) a témoigné des troubles de son pays au début du XIXe siècle dans une série de toiles et de gravures dépeignant les horreurs de la guerre. Depuis lors, de nombreux artistes ont suivi son exemple, prenant l'art comme support de leur engagement social dans des œuvres qui défendent les droits de l'homme, la paix et la justice.

Citons des géants du XXe siècle tel que le peintre Diego Rivera (1886 - 1957). Rivera et d'autres peintres spécialistes des peintures murales ont couvert les murs des écoles, des ministères, des églises et des musées mexicains d'images qui célèbrent l'histoire de ce pays et rendent hommage aux contributions des populations indiennes marginalisées du Mexique. Ces artistes étaient convaincus que placer l'art dans des lieux publics facilitait la démocratisation car celui-ci était ainsi accessible à tous, sans distinction de race ou de classe sociale.

Le peintre et sculpteur espagnol Pablo Picasso (1881-1973) est un artiste dont la vision a été influencée en partie par Goya. « Guernica », la peinture monumentale de Picasso, représentait le bombardement de Guernica par les Nazis en 1937, lors de la guerre civile espagnole. Cette œuvre illustre et condamne les atrocités dont Picasso a été témoin.

L'art au service du renouveau des liens sociaux

Au XXIe siècle, de nombreux artistes relèvent le même genre de défi, même si leurs objectifs sont plus modestes. La Brésilienne Monica Nador, dont l’œuvre a été exposée en France, en Australie et ailleurs, a étudié dans une école des beaux-arts. L'idée que la création artistique était une occupation de luxe, sans aucun rapport avec la situation désespérée des pauvres qu'elle avait pu voir dans certaines régions d'Amérique latine, l'a de plus en plus troublée.

Mônica Nador

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Après avoir réexaminé son rapport à la peinture, Nador a mis ses talents au service des communautés déshéritées afin de les aider à préserver leurs traditions. Pendant plusieurs années, à l'invitation des collectivités locales, Nador s'est rendue dans des zones rurales et urbaines du Brésil, de Cuba et du Mexique pour réaliser des peintures murales sur des maisons et bâtiments divers.

Les habitants aident Nador à choisir les couleurs et les motifs décoratifs pour qu'une fois terminées, les peintures murales reflètent une identité régionale particulière. Selon Nador, chacun est à la fois enseignant et élève, participant ainsi à une entreprise de renouveau citoyen. Et ce travail, dit-elle, est « bon pour la santé mentale et spirituelle de la population ».

Nador a aussi créé le Jardim Miriam Arte Clube (JAMAC), association à but non lucratif qui porte le nom de l'un des quartiers les plus difficiles de Sao Paulo, au Brésil. Installée dans la résidence de Nador où se trouve également son studio, le JAMAC recrute des jeunes à problèmes pour les faire participer à des programmes artistiques générateurs de revenus où les jeunes acquièrent des connaissances, ce qui leur évite de traîner dans la rue. Grâce au JAMAC, Nador lutte contre la violence, la criminalité, la discrimination, l'injustice et la faim, et le travail de ces jeunes apprentis traduit l'effet puissant que l'art a sur eux.

Ceux qui participent à ce programme découvrent « le pouvoir apaisant de l'art », a confié Nador « L'art peut créer des liens, engendrer des amitiés, faire naître l'esprit citoyen et donner un sentiment d'appartenance. » Mais, fait peut-être encore plus important, « il apporte la joie » à des personnes qui ne sont pas très heureuses.

Tisséo partenaire de ¡Rio Loco! Soutient le projet artistique de Mônica Nador.
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À l’instar de l’action menée par Mônica Nador dans les favelas de São Paulo, le projet d’« Ateliers ouverts » développé à Toulouse, associe les jeunes des quartiers à une démarche artistique originale. Regroupés au sein d’une quarantaine de structures municipales(1), ils ont donné libre cours à leur esprit créatif, avec pour seul impératif de mettre en avant l’iconographie du quartier, de la ville de Toulouse ou de leur expérience propre. Les pochoirs utilisés sont en tous points semblables à ceux qu’utilisent les jeunes habitants des quartiers-bidonvilles brésiliens. Les structures municipales interviennent sur la billetterie du Festival qui bénéficie de motifs directement inspirés de l’iconographie brésilienne. Pour favoriser davantage encore
l’échange culturel entre deux mondes qui ont tout à partager dès le plus jeune âge.

(1) Centres de loisirs sans hébergement (CLSH) maternels et primaires des Affaires sociales et de l’Animation socioculturelle, Centres de loisirs attachés à l’école (CLAE) maternels et primaires associatifs, encadrés par Garonne Animation et la Vie scolaire, Centres sociaux, Hôpital des enfants, MJC Empalot…

Les autres voix de la conscience

Les musiciens, eux aussi, sont connus pour leur engagement politique. Dans les années 1960, de nombreux groupes de rock, mais aussi chanteurs et compositeurs américains (notamment Bob Dylan et Joan Baez) se sont opposés à l'engagement des États-Unis dans la guerre du Vietnam, et la tradition de la musique engagée se poursuit encore aujourd'hui aux États-Unis.

La musique engagée a également pris racine dans d'autres régions du monde. Le Jamaïcain Bob Marley (1945 - 1981) a écrit et chanté des chansons de reggae qui s'attaquaient à l'injustice sociale, chez lui et dans le monde entier. Le chanteur pop Juan Luis Guerra, originaire de la République dominicaine, a souvent évoqué les problèmes sociaux dans sa musique, tout comme Willy Chirino, le chanteur de salsa né à Cuba, artiste considéré comme l'un des pères de ce que l'on appelle le « son de Miami » (une fusion des rythmes cubains, brésiliens et antillais).

Nimal Mendis, compositeur et chanteur sri-lankais, a mis en scène un documentaire intitulé Shattered Pearl qui décrit les difficultés des femmes affectées par la guerre civile en cours au Sri Lanka.

Rebecca Belmore
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Canadienne Rebecca Belmore examine l'histoire, les déplacements, la perte de culture et d'identité dans un ensemble de sculptures, installations, vidéos, et spectacles live. Membre de la tribu amérindienne Anishinaabe, Rebecca Belmore se penche dans ses projets sur le passé des populations indigènes canadiennes qui ont dû abandonner leur héritage culturel car le gouvernement canadien leur a imposé de s'assimiler à la culture occidentale.
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Le besoin de réclamer cet héritage culturel a été mis en scène par Belmore dans son projet de 1991 intitulé Speaking to their Mother (Discours adressé à leur Mère) qui souligne le rapport complexe que les populations amérindiennes des Premières Nations entretiennent avec la terre qui a nourri leurs ancêtres. Belmore a fabriqué un mégaphone en bois, énorme et complexe, et a fait le tour des collectivités des Premières Nations canadiennes, demandant à ses habitants de se servir de son mégaphone pour parler à la terre. Le projet a produit une série de photographies et d'enregistrements audio que le critique d'art Michael Lithgow décrit comme un « discours touchant et ressenti » des représentants des tribus amérindiennes.
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L’artiste messager
D'autres exemples fascinants de ce phénomène de l'artiste messager se retrouvent dans le monde entier. En Birmanie, le comique U Maung Thura, mieux connu sous son nom de scène, Zarganar (qui signifie « pince à épiler »), se sert de son humour grinçant pour se moquer de la junte militaire au pouvoir - et est victime de représailles sévères. Après qu'un cyclone se soit abattu sur la Birmanie au mois de mai, Zarganar a organisé une campagne de distribution d'aliments et de produits de première nécessité aux villageois dans le besoin, mais puisque son initiative avait attiré l'attention sur l'incompétence de la junte, sa campagne a été bloquée.

Quel que soit le lieu où ils se trouvent, les artistes qui s'élèvent contre l'injustice jouent un rôle important car ils éveillent la conscience collective de l'opinion par l’écriture, la peinture, la musique, la photographie, les films ou les œuvres live.

Commentaires

Article très intéressant et instructif.

Écrit par : black hattitude - Insolite | 07/10/2009

ici aussi Je plussoie votre point de vue

Écrit par : bon plan toulouse | 21/04/2011

Les commentaires sont fermés.

 
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