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29/11/2008

Tous les dictateurs vous le certifieront, les écrivains sont les adversaires les plus coriaces.

Pro(po)sé par martingrall

L'œuvre littéraire est une arme contre la tyrannie et la corruption.

Les écrivains engagés luttent pour la justice en disant la vérité aux puissants.

Pendant les années 60, les ouvrages du romancier contestataire russe Alexandre Soljenitsyne (1918-2008) ont révélé au monde le système des camps de travail soviétiques. Il a reçu le prix Nobel de littérature en 1970 mais sa réputation ne l'a pas abrité de la persécution et il a dû s'exiler en 1974. Il a fini par venir s'installer aux États-Unis où il a vécu pratiquement en reclus avant de rentrer en Russie en 1994.

Le combat de Soljenitsyne contre l'autoritarisme ressemble à celui de nombreux autres auteurs, dont l'homme de lettres et de théâtre tchèque Václav Havel.

Dissident éminent en lutte contre la suprématie qu'exerçaient les Soviétiques sur sa patrie, Václav Havel s'est servi du théâtre pour attaquer les régimes totalitaires. Si son activisme politique lui a valu plusieurs séjours en prison et un harcèlement quasi ininterrompu, il a triomphé lors de la « Révolution de velours » qui l'a porté à la présidence de la Tchécoslovaquie (la future République tchèque).

Une fois président, Václav Havel a mené la transition vers une démocratie multipartite et il reste une figure profondément admirée à l'international. Ses vues ont été comparées à celle du Britannique George Orwell (1903-1950) dont les romans bien connus, La ferme des animaux et 1984, peignent une image effrayante de la répression gouvernementale, thème repris par les dissidents partout dans le monde.

La poète et activiste russe Natalya Gorbanevskaya était une des huit manifestants à protester le 25 août 1968, sur la place Rouge de Moscou, contre l'invasion de la Tchécoslovaquie. Comme elle venait d'accoucher, elle n'a pas été jugée avec les autres mais elle a donné un récit du procès (Midi) qui a été publié à l'étranger sous le titre Red Square at Noon [Midi sur la place Rouge].

Natalya Gorbanevskaya a été arrêtée en décembre 1969 et emprisonnée dans une clinique psychiatrique soviétique jusqu'en février 1972. Elle a émigré en février 1975 et vit maintenant à Paris.

La romancière, essayiste et poète Julia Alvarez est née en République dominicaine mais sa famille a fui le pays lorsqu'elle avait 10 ans. Elle a connu la célébrité avec son roman de 1995, Au temps des papillons, inspiré par l'histoire de trois soeurs assassinées par les agents du dictateur Rafael Trujillo qui a dirigé le pays pendant un certain temps.

Le romancier, poète et dramaturge nigérian Wole Soyinka a été un critique acerbe de nombreuses administrations nigérianes et des tyrannies politiques partout dans le monde. La majorité de ses écrits porte sur ce qu'il appelle « la botte oppressive et le manque de pertinence de la couleur de la peau de celui qui la porte ».

L'activisme de Soyinka lui a coûté cher. Il a été arrêté en 1967, pendant la guerre civile qui a déchiré le pays, et placé en détention solitaire pour ses efforts de négocier la paix entre les factions en présence. Relâché 22 mois plus tard, après que son emprisonnement a attiré l'attention de la communauté internationale, il a quitté le Nigéria en exil volontaire.

Considéré par beaucoup comme le dramaturge le plus talentueux d'Afrique, Soyinka a reçu le prix Nobel de littérature en 1986, le premier auteur d'Afrique subsaharienne à être ainsi honoré.

Czeslaw Milosz (1911-2004) considéré comme un des plus grands poètes et prosateurs polonais, s'est battu contre la censure du gouvernement communiste de son pays pendant la guerre froide des années 50 et 60. Son recueil de 1953, La pensée captive, qui explique comment le régime staliniste obligeait les écrivains et universitaires de l'Europe orientale de l'après-guerre à se conformer a la doctrine officielle, a été décrit comme une des meilleures études du comportement des intellectuels dans un régime répressif.

Milosz, qui a émigré aux États-Unis en 1960 et est devenu citoyen américain en 1970, a reçu le prix Nobel de littérature en 1980.

La carrière du poète russe Joseph Brodsky (1940-1996) a suivi une trajectoire semblable. Essayiste et poète, il a été expulsé de l'Union soviétique en 1972 pour avoir refusé d'aligner ses écrits sur l'idéologie du parti communiste. Il s'est installé aux États-Unis et est devenu citoyen en 1977. Il a obtenu le prix Nobel de littérature en 1987 et est devenu poète lauréat des États-Unis en 1991.

Une des voix les plus passionnées sur la scène littéraire est celle de la Philippine Ninotchka Rosca. Installée maintenant à New York, elle a été prisonnière politique sous le régime dictatorial de Ferdinand Marcos.

Rosca, qui avec ses nouvelles, romans et oeuvres de non-fiction a gagné le titre de « première dame de la littérature philippine », traite surtout les thèmes de l'oppression et de l'exploitation des femmes. Elle parle souvent des questions du tourisme sexuel, de la traite, de l'industrie de l'achat des femmes par correspondance et de la violence à l'encontre des femmes.

Ces écrivains et d'autres, trop nombreux pour être comptés, ont montré que la littérature est une arme efficace contre la tyrannie, la corruption et l'injustice. En mettant en lumière les maux du monde - et les régimes qui les perpétuent - ces écrivains de conscience jouent leur rôle pour s'attaquer aux problèmes urgents et demander des comptes aux autorités.

28/11/2008

L'Art, ou la puissance d'exister

proposé par martingrall

Les créateurs attirent l'attention du public sur l'injustice.

De ces arts, la littérature, cette écriture de la pensée en est le premier ferment.
Combien d’enfants, d’adolescents, sont nés dans ces ateliers d’écriture. Combien ont osé être. Combien ont choisi leur vie dans leurs griffonnages, leurs dessins bien à dessein, dans le plâtre, le bois. Combien se sont construits dans leur existence montrée au Monde.

Le grand artiste espagnol Francisco José de Goya y Lucientes (1746-1828) a témoigné des troubles de son pays au début du XIXe siècle dans une série de toiles et de gravures dépeignant les horreurs de la guerre. Depuis lors, de nombreux artistes ont suivi son exemple, prenant l'art comme support de leur engagement social dans des œuvres qui défendent les droits de l'homme, la paix et la justice.

Citons des géants du XXe siècle tel que le peintre Diego Rivera (1886 - 1957). Rivera et d'autres peintres spécialistes des peintures murales ont couvert les murs des écoles, des ministères, des églises et des musées mexicains d'images qui célèbrent l'histoire de ce pays et rendent hommage aux contributions des populations indiennes marginalisées du Mexique. Ces artistes étaient convaincus que placer l'art dans des lieux publics facilitait la démocratisation car celui-ci était ainsi accessible à tous, sans distinction de race ou de classe sociale.

Le peintre et sculpteur espagnol Pablo Picasso (1881-1973) est un artiste dont la vision a été influencée en partie par Goya. « Guernica », la peinture monumentale de Picasso, représentait le bombardement de Guernica par les Nazis en 1937, lors de la guerre civile espagnole. Cette œuvre illustre et condamne les atrocités dont Picasso a été témoin.

L'art au service du renouveau des liens sociaux

Au XXIe siècle, de nombreux artistes relèvent le même genre de défi, même si leurs objectifs sont plus modestes. La Brésilienne Monica Nador, dont l’œuvre a été exposée en France, en Australie et ailleurs, a étudié dans une école des beaux-arts. L'idée que la création artistique était une occupation de luxe, sans aucun rapport avec la situation désespérée des pauvres qu'elle avait pu voir dans certaines régions d'Amérique latine, l'a de plus en plus troublée.

Mônica Nador

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Après avoir réexaminé son rapport à la peinture, Nador a mis ses talents au service des communautés déshéritées afin de les aider à préserver leurs traditions. Pendant plusieurs années, à l'invitation des collectivités locales, Nador s'est rendue dans des zones rurales et urbaines du Brésil, de Cuba et du Mexique pour réaliser des peintures murales sur des maisons et bâtiments divers.

Les habitants aident Nador à choisir les couleurs et les motifs décoratifs pour qu'une fois terminées, les peintures murales reflètent une identité régionale particulière. Selon Nador, chacun est à la fois enseignant et élève, participant ainsi à une entreprise de renouveau citoyen. Et ce travail, dit-elle, est « bon pour la santé mentale et spirituelle de la population ».

Nador a aussi créé le Jardim Miriam Arte Clube (JAMAC), association à but non lucratif qui porte le nom de l'un des quartiers les plus difficiles de Sao Paulo, au Brésil. Installée dans la résidence de Nador où se trouve également son studio, le JAMAC recrute des jeunes à problèmes pour les faire participer à des programmes artistiques générateurs de revenus où les jeunes acquièrent des connaissances, ce qui leur évite de traîner dans la rue. Grâce au JAMAC, Nador lutte contre la violence, la criminalité, la discrimination, l'injustice et la faim, et le travail de ces jeunes apprentis traduit l'effet puissant que l'art a sur eux.

Ceux qui participent à ce programme découvrent « le pouvoir apaisant de l'art », a confié Nador « L'art peut créer des liens, engendrer des amitiés, faire naître l'esprit citoyen et donner un sentiment d'appartenance. » Mais, fait peut-être encore plus important, « il apporte la joie » à des personnes qui ne sont pas très heureuses.

Tisséo partenaire de ¡Rio Loco! Soutient le projet artistique de Mônica Nador.
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À l’instar de l’action menée par Mônica Nador dans les favelas de São Paulo, le projet d’« Ateliers ouverts » développé à Toulouse, associe les jeunes des quartiers à une démarche artistique originale. Regroupés au sein d’une quarantaine de structures municipales(1), ils ont donné libre cours à leur esprit créatif, avec pour seul impératif de mettre en avant l’iconographie du quartier, de la ville de Toulouse ou de leur expérience propre. Les pochoirs utilisés sont en tous points semblables à ceux qu’utilisent les jeunes habitants des quartiers-bidonvilles brésiliens. Les structures municipales interviennent sur la billetterie du Festival qui bénéficie de motifs directement inspirés de l’iconographie brésilienne. Pour favoriser davantage encore
l’échange culturel entre deux mondes qui ont tout à partager dès le plus jeune âge.

(1) Centres de loisirs sans hébergement (CLSH) maternels et primaires des Affaires sociales et de l’Animation socioculturelle, Centres de loisirs attachés à l’école (CLAE) maternels et primaires associatifs, encadrés par Garonne Animation et la Vie scolaire, Centres sociaux, Hôpital des enfants, MJC Empalot…

Les autres voix de la conscience

Les musiciens, eux aussi, sont connus pour leur engagement politique. Dans les années 1960, de nombreux groupes de rock, mais aussi chanteurs et compositeurs américains (notamment Bob Dylan et Joan Baez) se sont opposés à l'engagement des États-Unis dans la guerre du Vietnam, et la tradition de la musique engagée se poursuit encore aujourd'hui aux États-Unis.

La musique engagée a également pris racine dans d'autres régions du monde. Le Jamaïcain Bob Marley (1945 - 1981) a écrit et chanté des chansons de reggae qui s'attaquaient à l'injustice sociale, chez lui et dans le monde entier. Le chanteur pop Juan Luis Guerra, originaire de la République dominicaine, a souvent évoqué les problèmes sociaux dans sa musique, tout comme Willy Chirino, le chanteur de salsa né à Cuba, artiste considéré comme l'un des pères de ce que l'on appelle le « son de Miami » (une fusion des rythmes cubains, brésiliens et antillais).

Nimal Mendis, compositeur et chanteur sri-lankais, a mis en scène un documentaire intitulé Shattered Pearl qui décrit les difficultés des femmes affectées par la guerre civile en cours au Sri Lanka.

Rebecca Belmore
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Canadienne Rebecca Belmore examine l'histoire, les déplacements, la perte de culture et d'identité dans un ensemble de sculptures, installations, vidéos, et spectacles live. Membre de la tribu amérindienne Anishinaabe, Rebecca Belmore se penche dans ses projets sur le passé des populations indigènes canadiennes qui ont dû abandonner leur héritage culturel car le gouvernement canadien leur a imposé de s'assimiler à la culture occidentale.
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Le besoin de réclamer cet héritage culturel a été mis en scène par Belmore dans son projet de 1991 intitulé Speaking to their Mother (Discours adressé à leur Mère) qui souligne le rapport complexe que les populations amérindiennes des Premières Nations entretiennent avec la terre qui a nourri leurs ancêtres. Belmore a fabriqué un mégaphone en bois, énorme et complexe, et a fait le tour des collectivités des Premières Nations canadiennes, demandant à ses habitants de se servir de son mégaphone pour parler à la terre. Le projet a produit une série de photographies et d'enregistrements audio que le critique d'art Michael Lithgow décrit comme un « discours touchant et ressenti » des représentants des tribus amérindiennes.
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L’artiste messager
D'autres exemples fascinants de ce phénomène de l'artiste messager se retrouvent dans le monde entier. En Birmanie, le comique U Maung Thura, mieux connu sous son nom de scène, Zarganar (qui signifie « pince à épiler »), se sert de son humour grinçant pour se moquer de la junte militaire au pouvoir - et est victime de représailles sévères. Après qu'un cyclone se soit abattu sur la Birmanie au mois de mai, Zarganar a organisé une campagne de distribution d'aliments et de produits de première nécessité aux villageois dans le besoin, mais puisque son initiative avait attiré l'attention sur l'incompétence de la junte, sa campagne a été bloquée.

Quel que soit le lieu où ils se trouvent, les artistes qui s'élèvent contre l'injustice jouent un rôle important car ils éveillent la conscience collective de l'opinion par l’écriture, la peinture, la musique, la photographie, les films ou les œuvres live.

26/11/2008

L'artiste Fritz Scholder redéfinit l'art amérindien.

Par martingrall.

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L'artiste Fritz Scholder redéfinit l'art amérindien.


Washington - Aucun autre artiste contemporain d'ascendance amérindienne n'a été aussi énigmatique, influent ou provocant que Fritz Scholder (1937-2005) qui, à lui seul ou presque, a détruit certains des clichés les plus persistants sur l'identité amérindienne.

Aujourd'hui, trois ans après le décès de Scholder, son oeuvre prolifique (notamment des peintures, des sculptures et des lithographies) fait l'objet d'une grande exposition organisée par le Musée national des Amérindiens (NMAI), qui fait partie de l'Institut Smithsonian. Intitulée « Fritz Scholder : Indien/Non-Indien », l'exposition en deux parties a ouvert ses portes le 1er novembre, à Washington et à New York simultanément. La majorité des œuvres est exposée à Washington, une sélection plus réduite des travaux les plus récents est, quant à elle, exposée à New York où le NMAI dispose d'une antenne.
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Organisée conjointement par Truman Lowe (de la tribu Ho-Chunk) et Paul Chaat Smith (Comanche), cette exposition est la plus vaste rétrospective Scholder jamais organisée. Au cours d'une interview récente, M. Lowe indiquait que si Scholder était surtout connu pour ses tableaux anticonformistes représentant des Indiens d'Amérique, l'artiste refusait d'être classé dans une catégorie particulière, notamment celle des « artistes indiens » qu'il trouvait trop étroite. « Son mot favori était paradoxe et il aimait à dire : "Je suis à un quart indien et mes tableaux le sont aussi" », nous rappelle M. Lowe.

Son père étant à moitié indien Luiseño et à moitié allemand et sa mère d'origine française, Scholder n'était pas vraiment intéressé par la cause des Indiens et il était peu enclin à perpétuer le mythe romantique du soi-disant « noble sauvage », stéréotype indien né au XIXe siècle. « Personnellement, je n'ai jamais dit que j'étais un artiste indien. C'est les autres qui m'ont décrit ainsi », a dit un jour Scholder. Dans sa publication Indian Kitsch de 1979, Scholder se décrit lui-même comme « un Indien non indien », ajoutant ensuite : « Je ne me sens pas déchiré par la dichotomie de deux cultures. Toutefois je suis sensible à la nature incongrue » de ces dernières.

L'Indien postmoderne
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Comme il l'a raconté lui-même, Scholder a commencé très jeune à dessiner et il n'a apparemment jamais douté de sa vocation artistique. Né dans le Minnesota, il a grandi dans la région des Grandes Plaines où son père travaillait pour le Bureau des affaires indiennes. Malgré le poste de son père, Scholder et sa famille n'ont jamais vécu dans une réserve indienne et ont eu peu de contacts avec la culture amérindienne. Pendant ses études universitaires, Scholder a étudié avec l'artiste pop Wayne Thiebaud et en 1964, il a obtenu sa maîtrise de beaux-arts à l'université de l'Arizona. Peu de temps après, il a été invité à enseigner dans le tout nouvel Institut des arts amérindiens de Santa Fe, au Nouveau-Mexique, et cette expérience allait s'avérer décisive.

Au départ, Scholder a affirmé qu'il ne peindrait « jamais » des Indiens, mais ses échanges avec des artistes amérindiens et des étudiants en art de l'Institut de Santa Fe l'ont fait changer d'avis. Toutefois, sa formation moderniste et postmoderniste l'a poussé à s'éloigner fortement de la représentation des Amérindiens prévalant à l'époque et qui, à ses yeux, était plutôt primitive.

Depuis les années 1930, de nombreux artistes de Santa Fe peignaient des scènes nostalgiques de la vie dans les villages indiens qui renforçaient les stéréotypes des sociétés amérindiennes. La plupart de ces images avaient un aspect plat et unidimensionnel, caractéristique de l'école artistique connue sous le nom de « style studio » qui a dominé la scène artistique de Santa Fe pendant des décennies. La décision de Scholder de peindre des Indiens « tels qu'ils sont véritablement » allait bientôt envoyer le style « studio » aux oubliettes.

Il s'est attelé à « ré-imaginer » les Indiens pour un public contemporain, dessinant les contours de ses personnages aux couleurs électriques à coup de pinceaux déliés. Pour toute toile de fond, des couleurs contrastées, sans contexte explicatif. À la différence des Indiens désuets dans le style Studio, ceux de Scholder faisaient directement face au spectateur et l'effet d'ensemble était frappant, dérangeant et particulièrement troublant. Bien que certains de ses portraits soient inspirés de photographies connues d'Amérindiens, les œuvres de Scholder sont imprégnées d'une certaine ironie qui permet d'interpréter des symboles mythiques de multiples façons.

Un artiste novateur
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Les innovations de Scholder lui ont valu presque immédiatement les louanges des critiques et assuré à ses œuvres un marché lucratif. Sa peinture à l'huile d'un Amérindien, qui n'est pas datée, avec sa représentation mystérieuse d'un chef indien formant un contraste saisissant avec un ciel rose vif, a été saluée triomphalement. Les œuvres de Scholder de la série « indienne » ont généralement engendré ce genre de réaction, jusqu'à ce qu'il dévoile sa toile de 1969, Indien avec une cannette de bière, qui a suscité les hurlements outragés des Amérindiens mais aussi des critiques d'art. La toile, qui représente un Indien assis à un bar ou à une table, une canette de bière Coors devant lui, abordait le problème de l'alcoolisme chez les Indiens, sujet sensible auquel peu d'artistes étaient prêts à s'attaquer.

Selon M. Lowe, la toile Indien avec une canette de bière « a produit un effet-miroir dans la communauté amérindienne ». Cette peinture, dit-il, « jouait sur le stéréotype de l'Indien saoul, mais elle a forcé les Indiens à regarder certains problèmes douloureux en face ».

Scholder a produit d'autres œuvres sur des thèmes tabous tels que la pauvreté des Indiens et la longue injustice dont ont été victimes les populations indiennes. Son traitement détaché de thèmes controversés a souvent choqué son public et pourtant, il a permis une évaluation plus honnête de graves problèmes sociaux et de vérités dérangeantes. Dans son Portrait américain avec drapeau (1979), la représentation par Scholder d'un Amérindien enveloppé dans le drapeau américain reflète les tensions entre la culture indigène et la société dominante.

Parallèlement, Scholder traitait volontiers des thèmes universels qui ne se référaient nullement à son origine ethnique ou ignoraient toute dimension ethnique. Même s'il a épisodiquement renoué avec des thèmes indiens, il a consacré les vingt dernières années de sa vie à des oeuvres sombres explorant la complexité des relations entre les hommes et les femmes (une toile de 1986, Amour Monstre No. 1, montre un couple figé dans une étreinte violente) et il s'est montré de plus en plus conscient de sa propre mortalité (un autoportrait de 2001, Le crâne de l'artiste, représente une photographie spectrale, en noir et blanc, de la tête de Scholder superposée sur une radiographie de son crâne). En fait, des crânes apparaissent avec une certaine fréquence dans ses dernières toiles, et ils sont accompagnés de personnages surnaturels (vampires, anges) et d'emblèmes de la spiritualité amérindienne (shamans).
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La signification de l'œuvre de Scholder a fait l'objet d'un débat intense mais son influence était profonde et elle le reste. Grâce à Scholder, « une barrière a sauté », affirme M. Lowe. « Il a cassé le moule de l'art de style studio » et il a démontré que l'art amérindien va bien au-delà des objets d'artisanat traditionnels comme les textiles, les paniers ou les bijoux. Scholder était un pionnier grâce auquel les jeunes artistes indiens contemporains, « qui ont leur propre histoire à raconter, leur propre interprétation de l'histoire amérindienne », trouvent plus facilement leur public. « L'ironie, bien sûr, c'est que Scholder a déclaré qu'il ne peindrait plus jamais d'Indiens, et pourtant c'est ce qui lui a valu sa renommée. »

24/11/2008

Dislocation

Mort du parti Socialiste français.

La mort est triste parce que l'on ne sait jamais où se pose l'âme.
Souvent on croit la saisir.
Souvent c'est une étrangère avec qui on assouvit tous les simulacres.

06/11/2008

rater-mieux c'est pas rater

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Comme le cinquième pouvoir fait dans l’eco-journalisme, (journalisme comiquement faible et pas du tout participatif), La cinquième critique doit emmenthalement tout en le radicalisant, inverser le but même de la critique: Lire les critiques.
La vocation ultime et unique de la cinquième critique: Faire connaître et acheter des livres.
Car on ne l’écrira jamais assez, en assez de langues, jamais en assez de capitales, l’objectif da la Cinquième Critique© (On sait jamais) est de faire acheter des livres gratuits, ou presque.
Et même que la Cinquième Critique© (redondons donc) se fiche mais alors complètement que vous les lisiez.
La cinquième critique est là pour vous déformer, à l’aide d’un joli contrat en alternance, le matin c’est virtuel, on apprend, le merveilleux, l’étonnement, l’émotion, le devenir, la chrysalide. L’après midi c’est, comment dire, autre chose, après l’amour c’est bien aussi, mais sonnant et trébuschant, D’ailleurs c’est dans l’après midi du 4 que Bush chut. Désolé, Tomba lui gagnait tout.
Mais pour le lecteur, contractuel bénévole, (On sait jamais) seul le timbre léger de la caisse enregistreuse fait foi. Lire est un pêcher (en sardines et maquereaux) et il faut obtenir un pardon. Tendre les mains, bien les joindre et recevoir le papier cartonné et imprimé.
Mais attention, pas dans un truc entre le produit vaisselle et la bouffe à chat, non, dans le temple de la belle écriture, dans cet avant-cène dont on chassa toutes les têtes de gondoles, où le prêtre vous interdit la vitrine. Et c’est là que sont les textes fondamentaux du lecteur émancipé et même, osons, libéré.
D’ailleurs, et c’est là, entre douze autres, que j’entraperçu le livre de Barberine Rater-Mieux. Et je l’ai raté.
Avec ce live la, on touche au génie !
Vous pouvez le lire le matin sur le blog de Léo Scheer, en version « incorporel » Boutons M@nuscrits tout en bas. Premier livre chronologiquement tout en bas. Après quelques clics sur des boutons, s’installe le trouble de la première fois, pour l’auteur malhabile, empruntée. Pour le lecteur à la gorge sèche.
On attend, on comprend. On ne sait pas que d’autres notaires appellent ça commerce.
Puis l’après midi, dans la seconde rangée du fanum, loin de l’offense, le même livre matérialisé. Le même, pas tout à fait. Barberine devient Géraldine Barbe le titre c’est pareil. Le texte lui a reçu un long travail éditorial, malgré la journée qui avance, Géraldine garde la fraîcheur de Barberine. Et comme la cinquième critique n’a pas l’indécence de vous prendre pour des illettrés, C’est bien d’acheter le livre, surtout si vous voulez écrire (nous serons toujours là pour en conseiller la lecture trébuchante) et approfondir la différence entre un texte brut et un livre. Aujourd’hui, il faut bien un motif pour débourser 10 euros tout pile.

Ps pour trouver les librairies, voir le blog Leo Scheer, boutons libraires.
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